C’est l’une des questions phare des gestionnaires d’espaces verts urbains aujourd’hui : entre des maladies et ravageurs qui progressent à mesure que le climat est plus favorable, les canicules, les craintes de vagues de froid encore possibles, voire les attentes des citoyens, que planter comme arbres pour, disons, les 50 prochaines années ?

Le succès de la journée de Plante & Cité, qui a rempli un amphithéâtre de l’Hepia, Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (anciennement l’école de Lullier) prouve que la question taraude les responsables de services espaces verts au-delà des frontières de l’Hexagone.

Et pour les aider à répondre au mieux à la problématique, le Lien horticole en fera l’un de ses fils rouge pour l’année 2020.

C’est suffisamment rare pour être souligné, la journée a été bien cadencée, avec 9 intervenants qui ont parfaitement respecté le timing pour aller à l’essentiel et dresser un tableau plus ou moins pessimiste mais toujours tourné vers le futur et sur les solutions plutôt que sur le passé et les risques encourus.

Le climat de la Suisse se « méditerranéise »

On ne rentrera pas ici dans le détail de chaque intervention, la plupart seront à découvrir dans nos prochaines éditions du Lien horticole. Mais on peut résumer en disant que si les raisons du réchauffement climatique peuvent être discutées, son existence est par contre tangible.

Et en Suisse, il est même plus important qu’ailleurs, + 2 °C à ce jour contre à peine + 1 à l’échelle du globe. Avec en corollaire, des sécheresses plus longues et plus marquées, entre autres.

Ce qui fait dire aux spécialistes locaux que le climat de la Suisse se « méditerranéise ». Les glaciers y fondent rapidement. Si rien n’est fait pour agir sur ce réchauffement, en particulier pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, c’est un réchauffement de près de 5 degrés qui se profile en Suisse, et encore, sans tenir compte des nouvelles perspectives alarmistes du GIEC sorties récemment !

Végétalisation sur les toits, forets urbaines

Face à ce constat une autre certitude a fait l’unanimité des participants : la nécessité de planter plus et mieux pour que demain, la ville reste supportable pour ses habitants.

C’est évidemment le moins que l’on puisse attendre d’une assemblée de professionnels du végétal, les quelque 200 personnes présentes étant pour l’essentiel des gestionnaires de services espaces verts Suisses, encore faut-il le souligner.

La végétalisation des villes devra donc être omniprésente, sur le toit ou les balcons des immeubles, dans les moindres interstices que laissera la nécessaire construction de nouveaux immeubles, sous forme de forêts urbaines qui, même petites (moins de 1 000 m2 parfois !), ont un rôle important à jouer dans la ville, etc. Mais elle devra aussi contribuer à l’évolution technique de la ville, comme ces bassins plantés dans la ville de Boston, aux Etats-Unis, qui collectent l’eau après la pluie pour l’infiltrer lentement et la débarrasser de la plupart des polluants collectés sur les chaussées urbaines. Si le rôle du végétal pour lutter contre les îlots de chaleur urbains est prouvé, certaines compositions végétales urbaines existantes ou à constituer, doivent trouver leur rôle précis dans la classification des espaces urbains.

Des pépiniéristes prêts à discuter des listes de plantes

Une pépiniériste est venue préciser que les producteurs, contrairement à ce que l’on entend parfois, ont conscience du rôle qu’ils ont à jouer pour relever le défi de la végétalisation des villes dans un climat qui évolue. Elle a rappelé qu’il fallait du temps, qu’il fallait parfois aussi ne pas hésiter à planter plus petit, et surtout que les professionnels travaillent la main dans la main pour définir la liste des arbres qui demain pourront se développer dans de bonnes conditions sous climat Suisse. Elle a présenté la gamme sur laquelle elle pense pouvoir aujourd’hui compter, beaucoup de chênes, Quercus ilex, aujourd’hui une star des plantations, mais aussi Q. glauca, myrsinifolia, ou rubra. Elle a aussi cité Celtis australis, Sophora japonica, Zelkova serrata ou même Salix alba ‘Liempde’ qui contre toute attente résiste très bien à la sécheresse.

Reste que bien des inconnues subsistent, comment les ravageurs vont-ils progresser avec le climat, comment la relation sol / plantes va-elle évoluer ? On a quelques certitudes mais aussi bien des questions.

C’est Aurore Micand, la seule intervenante française (elle travaille pour Plante & Cité) qui a terminé les interventions, mettant en avant des initiatives de villes pour se mettre au vert.

A Strasbourg, une enveloppe est dégagée chaque année pour désimperméabiliser des espaces.

A Besançon, les voies du tramway sont végétalisées en certains endroits, comme dans beaucoup de villes, sauf que là, il n’y a pas de dalle de béton continue sous la voie, pour permettre aux plantes, issues de semis d’espèces locales, de mieux profiter de l’humidité du sol.

Donner la priorité au vivant ?

Planter plus, planter mieux, avec de plus gros volumes de terre pour les arbres, innover, sont les maîtres mots pour demain, pour mieux concilier le bâti et le vivant. Avec un bémol, aujourd’hui, le vivant est mieux accepté pour accompagner le bâti, mais l’étape suivante pourrait être de donner priorité au vivant lors de la réalisation de bâtiments. Voire de parfois faire le choix de ne pas bâtir. On n’en est encore pas là, mais qui sait si les choses ne viendront pas plus vite qu’on ne l’imagine ?

Pascal Fayolle