«C’est terrible, la catastrophe arrive au pire moment, nous n’avons que deux mois et demi pour gagner notre vie» témoigne un producteur dans l’enquête que nous avons lancé la semaine dernière(1). Une partie de la profession se retrouve sans solution pour écouler son stock et se voit dans l’obligation de le jeter : «Nous avons jeté la fin des bisannuelles et nous commençons à jeter les premières séries d’annuelles qui devaient être vendues dans les deux semaines à venir» témoigne un autre.

Une solution testée par quelque uns est la livraison à domicile. Près de 20% des répondants à notre enquête à ce jour ont affirmé l’avoir mise en place ou vont le faire. Le gouvernement a mis en ligne jeudi 19 mars les précautions sanitaires à respecter dans le cadre de la livraison de colis(2).

Mais encore faut-il que les consommateurs sachent qu’il existe des producteurs à proximité de chez eux qui livrent à domicile. Stéphanie Kerbarch, députée de la Seine-Maritime (9ème circonscription), a par exemple relayé sur son compte Twitter une liste des fleuristes, horticulteurs et jardineries de sa circonscription qui livrent à domicile.

Liste des fleuristes, horticulteurs et jardineries de la 9ème circonscription de Seine-Maritime qui livrent à domicile.

La livraison peut être effectuée par le producteur lui même ou par des services spécialisés comme Chronopost, TNT,... (à l’exception de la région Grand Est, où ces services sont désormais réservés à l’alimentaire et la santé). Mais avec la demande accrue ces derniers jours, les livraisons par ces derniers sont ralenties. Il est possible de comparer les prix de transport de colis via https://www.tarif-colis.com/.

Du côté des enseignes, si la vente en ligne est assurée à Gamm vert ou Botanic pour tous les produits du magasin, y compris les plantes, Truffaut la limite à l’alimentation et produits d’hygiène pour les animaux. Sur son site de vente en ligne, Jardiland conseille pour sa part aux clients de se limiter aux achats essentiels.

La plupart des jardineries en ligne spécialisées continuent d’effectuer les livraisons. «Nous sommes capables de continuer notre activité et conservons donc notre approvisionnement initial tout en faisant preuve d’une grande flexibilité pour aider nos partenaires. Nous espérons être capables d’assimiler une partie des plantes qui se retrouvent en surplus» explique Fabien Boilly, chargé de référencement et marketing web chez Willemse(3), qui ajoute « si la demande des consommateurs évolue vers internet, nous espérons pouvoir absorber une partie des produits qui restent bloqués actuellement» tout en soulignant que leurs volumes restent bien plus faibles que ceux de grands réseaux comme Gamm-Vert ou Truffaut.

Le cas particulier de la livraison de fleurs coupées

Touchés par la situation des horticulteurs, les co-fondateurs de Monsieur Marguerite(4), fleuriste en ligne spécialisé dans les fleurs de saison françaises, ont lancé l’opération «Fleurs solidaires». Ils proposent à la vente des bouquets de fleurs à des prix attractifs pour permettre aux producteurs de fleurs coupées d’écouler leur production. S’ils ont commencé cette opération la semaine dernière avec leurs producteurs historiques, afin d’écouler leur surplus de production, ils intègrent depuis ce lundi de nouveaux producteurs qui les ont sollicités. «On a beaucoup de commandes, ça touche énormément les gens ces ventes solidaires» explique Benjamin Perot, l’un des deux co-fondateurs. «On a eu pas mal de demandes de producteurs, même si toutes les variétés ne correspondent pas à ce que l’on vend. On n’est pas capable de tout prendre. Mais si l’engouement continue, on mobilisera une équipe, en respectant les consignes sanitaires».

La jardinerie en ligne Monsieur Marguerite a mis en place un dispositif exceptionnel pour que les producteurs en difficulté avec de beaux produits de saison participent à l’opération «Fleurs solidaires». (c)Monsieur Marguerite

De nombreux services de vente par correspondance de fleurs coupées et plantes d’intérieur maintiennent les livraisons (BeBloom, FloraQueen, FoliFlora, France Fleur, Bloom&Wild...), mais avec quelques ajustements. Bergamotte précise par exemple sur son site que «l’équipe est mobilisée pour faire face à l’afflux de commandes. Les livraisons sont ralenties et se feront sans contact avec votre livreur». Le collectif des artisans fleuristes Sessile a pour sa part lancé une plateforme répertoriant des producteurs, pour que les fleuristes puissent s’approvisionner et reprendre progressivement leur activité (https://www.sessile.fr/blog/inventer-lavenir-de-la-filiere). Certaines marques ne proposent qu’une gamme réduite de bouquets et plantes. D’autres enseignes ont, au contraire, décidé de fermer leur site et de ne plus assurer les livraisons. C’est par exemple le cas d’Aquarelle, Monceau fleurs, Au nom de la Rose, Le bouquet de fleurs, 123fleurs...

Léna Hespel

(1)N’hésitez pas à remplir notre enquête «Appel à témoignage» et à nous faire part des solutions et astuces que vous tentez de mettre en place pendant la période de confinement : l.hespel@gfa.fr

(2)https://www.economie.gouv.fr/coronavirus-precautions-sanitaires-livraison-colis

(3)Voir notre article «Willemse, une jardinerie en ligne» paru dans Le Lien Horticole n°1088.

(4)https://www.monsieurmarguerite.com/?gclid=CjwKCAjwvOHzBRBoEiwA48i6AokjjGt6C5aWoC9M12OMp3qExDImQMpfApylHFHvAEbFllxndRhk7hoCIpkQAvD_BwE