A quelques jours d’une rencontre entre la profession, le ministre de l’Agriculture et Bruno Lemaire, son homologue des finances la FNSEA et la FNPHP ont pris les devants. « Le gouvernement n’a toujours pas pris la mesure du déficit de trésorerie auquel font face les horticulteurs et pépiniéristes. Aujourd’hui, il doit les aider de manière directe comme le font les Pays-Bas - qui ont acté 600 M€ d’aides -, la Belgique qui a décidé une enveloppe de 200 M€ et l’Allemagne qui a adopté un plan de soutien très ambitieux » a expliqué Christiane Lambert lors de sa visite, le 22 mai, chez Flora Temple, au Plessis-Grammoire et Froger Fleurs à Sainte Gemmes-sur-Loire.

Une perte de CA de 51,6%

Arrivée au plus mauvais moment, l’épidémie de Covid 19 et la fermeture des jardineries ont occasionné de gros dégâts à la production. La FNPHP évalue à 51,6 % la perte de chiffre d’affaires enregistrée par les entreprises présentes sur le marché de la distribution spécialisée entre le 15 mars et début mai (cf semaine 12 à 18).
« Dans le cas de Flora Temple, nous sommes à moins 70 % sur le mois de mars et moins 50% pour avril. A partir du 17 mars, toutes les ventes se sont arrêtées y compris celles qui avaient été programmées. Au total, cela représente une perte de 700 000 € » précise Christophe Thibault, l’un de ses deux associés. L’entreprise dont le chiffre d’affaires annuel s’élève à 1,8 M€ est aujourd’hui en plein dilemme : « soit on dépose le bilan, soit on licencie ; si ce n’est les deux à la fois. Notre décision dépendra aussi de celle de l’État ».

Un boulevard pour la concurrence

La perte de chiffre d’affaires n’est pas le seul point noir pointé par la FNPHP. Le syndicat met aussi en avant les charges engagées pour les mises en production en amont du printemps 2020 et les frais de destruction. « Leur cumul représente un arriéré que beaucoup d’entreprises n’arriveront pas à étaler, même sur plusieurs années » confirme François Beaupére, le président de la chambre d’Agriculture des Pays de la Loire, également présent ce 22 mai.
Dans ce contexte, la FNSEA et la FNPHP invitent l’État à rester lucide. « Les mesures annoncées jusqu’ici relèvent du rafistolage. Ce n’est pas avec ça qu’on va régler la situation d’un secteur qui compte 2 300 entreprises et réalise 1,4 milliard de chiffre d’affaires » tacle Christiane Lambert.

Sans plan de soutien solide, « on ouvre un boulevard à nos concurrents, allemands et hollandais notamment. Ces deux pays » rappelle Christophe Thibault qui préside par ailleurs la coopérative Fleuron d’Anjou « ont fait du marché français leur cible commerciale n°1 et ils ont déjà pris les mesures pour aider leur producteurs à passer la crise du Covid 19 ».

Anne Mabire