Le 1er mars 2020, Jean-Marc Rafenberg, enseignant au LPE Fenelon, représentant du personnel et secrétaire général du syndicat SEPEF-CFDT alertait : « Un lycée agricole, vieux de 160 ans, menace de fermer ! ». Pour sa partie privée sous contrat avec le ministère de l’Agriculture.

L’idée même de « perte inestimable du patrimoine horticole et du paysage de Seine-Saint-Denis » depuis 1845 semblait impossible et surtout inconcevable.

Les personnels d’éducation et l’équipe pédagogique (25 enseignants) qui « depuis des années se battent pour donner envie d’apprendre à nos élèves, qui passionnément, avec conviction, avec la foi en son prochain, les accompagnent pour leur permettre de faire leur place dans le monde du travail » ont appelé au soutien et au partage d’une pétition sur Facebook et autres réseaux sociaux, également par mails, par textos.

A ce jour, la pétition lancée auprès des acteurs professionnels, amis, anciens élèves… a recueilli 5 128 signatures*.

Audience au tribunal de Bobigny

Mardi 26 mai 2020, le couperet est tombé, sacrifiant la branche agricole du groupe scolaire.

Pour Jean-Marc Rafenberg, « le combat n’est pas fini : le vendredi 29 mai, nous venons d’obtenir une audience en référé au tribunal de Bobigny, afin de revoir le délai de consultation des orientations stratégiques de l’établissement ». Un juge va dire s’il est possible de réouvrir les discussions au sujet des finances du lycée agricole.

175 ans d’insertion sociale et scolaire

Les soutiens, courant mai 2020, déclaraient que cet « établissement est unique dans l’académie de Créteil qui forme - depuis des générations - aux métiers de la nature, du paysage et de l’environnement. Ce lycée Fénelon à Vaujours(93) vit peut être ses derniers instants. Faut-il laisser faire ? 30 personnes risquent de perdre leur emploi, 160 élèves (de la 4è à la licence pro) vont se retrouver privés d’école car il sera très compliqué de retrouver une place à proximité. Elèves et parents sont désemparés... ». Comme Joris Dalifard, en 1ère STAV au lycée de Fénelon qui témoignait sur France3 Ile-de-France**, 159 autres élèves s’inquiètent de ne pouvoir poursuivre leur cursus professionnel. Ils doivent chercher un autre établissement d’accueil.

Alors que l’agriculture urbaine se développe, que les questions environnementales sont au cœur de notre société, les défenseurs du lycée s’interrogent sur le projet d’abandon « d’un lycée qui a fait ses preuves dans l’insertion sociale et scolaire et qui traite de ces questions agricoles et environnementales ».

Déficit ? Spéculation foncière ? L’enseignement général contre l’enseignement agricole ?

Selon la direction diocésaine de Saint-Denis, c’est un « trou » de 400 000 € environ dans les comptes du lycée qui oblige la fermeture de la branche agricole, pour éviter de plomber le groupe scolaire privé dans son ensemble, c’est-à-dire la filière générale qui va de la maternelle au lycée.

D’après les pétitionnaires, « Le directeur et son conseil d’administration souhaitent fermer définitivement les formations du ministère de l’agriculture sous prétexte qu’elles ne sont pas assez rentables : pas assez d’élèves, pas assez d’entrée d’argent, pas assez prestigieuses ».

Nous avons été surpris de cette annonce brutale quelques jours avant le début du confinement », confirmait le représentant du syndicat SEPEF-CFDT fin mai.

Un expert-comptable indépendant, mandaté par les opposants au projet de fermeture, conclut « que les finances du groupe scolaire lui permettent d’emprunter 600 000 à 700 000 € », ce qui laissait un espoir.

Pour les opposants toujours, il s’agirait plutôt d’un prétexte, « d’une décision arbitraire, avec pour seul objectif une spéculation immobilière par les propriétaires du bâti et du foncier, propriétaires privés qui pousseraient le gestionnaire, l’Association OGEC Fénelon, à fermer le lycée dès la fin de l’année scolaire 2020 ». Opération immobilière concernant 9,7 ha de terrains utiles au lycée agricole, que Dominique Bailly, le maire de Vaujours, a démenti.

Mobilisation pour trouver des formations

La direction avait, entre septembre 2019 et janvier dernier, présenté deux projets de fusion du lycée agricole avec le lycée général, dépendant de deux ministères, qui n’ont pas reçu l’approbation d’une partie des équipes de Fénelon.

Après la décision du 26 mai 2020, Pierrick Chatellier, le directeur diocésain, tentait de rassurer, arguant que « toutes les familles seront appelées » pour se voir proposer une place dans une formation. Le CNEAP, le réseau d’établissements d’enseignement agricole privés et de centres de formation vers les métiers de la nature et du vivant, ainsi que le ministère de l’Agriculture et l’Ogec, l’organisme de gestion des établissements catholiques, sont mobilisés sur ce sujet ».

Or les écoles proposant ces options horticoles et paysagères sont éloignées d’au moins 100 kms, imposant aux familles de penser internat, transports, donc des coûts supplémentaires. Et aux personnels d’envisager une recherche d’emploi.

Odile Maillard

* Pétition sur https://www.change.org/p/pierre-marie-meyer-non-à-la-fermeture-du-lycée-du-paysage-fenelon-à-vaujours?recruiter=552388733&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

**sur https://www.youtube.com/watch?v=ZZUWFfynoz0&feature=youtu.be

Pour en savoir plus : la complexité du sujet décryptée sur Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/philippe-jorgji/blog/250520/comment-fermer-discretement-un-lycee-agricole-en-seine-saint-denis

« Book Un lycée, des histoires… ils racontent leur histoire au lycée du paysage et de l’environnement de Fénelon à Vaujours »