Un tour d’Europe de la situation dans différents pays permet d’entendre le même cri d’alarme face à une situation qui affecte gravement les productions horticoles. Les fermetures de magasin et mesures de confinement se traduisent par une réduction brutale et importante des débouchés. Les restrictions de déplacement créent aussi des problèmes logistiques, voire de main d’œuvre pour les secteurs faisant appel à de nombreux saisonniers étrangers.

Seuls les Pays-Bas et l’Allemagne peuvent vendre

La plupart des pays d’Europe ont mis en place des mesures de restriction du commerce. Si les supermarchés restent ouverts et peuvent en principe aussi vendre des fleurs et plantes, seuls les Pays-Bas, et l’Allemagne (à l’exception du land de Bavière) autorisent encore à ce jour l’ouverture des jardineries et magasins de fleurs.

Pour Intratuin, Fédération néerlandaise des jardineries, l’autorisation de vente sans restrictions est un soulagement, même si la fréquentation, le temps passé en magasin et le panier moyen sont en baisse, alors que les coûts d’accueil de la clientèle sont plus élevés, en raison des mesures de sécurité sanitaire. Cependant, le pays fait face à un effondrement de ses marchés exports. Le marché FloraHolland annonce une baisse de 70 à 80 % de ses ventes. Il contingente les apports et n’accepte plus que les produits de qualité A1, la plus élevée. Au plan logistique, les commerçants néerlandais font état de nombreuses restrictions et retards liés aux contrôles renforcés aux frontières, notamment vers les pays d’Europe de l’Est. Des producteurs allemands craignent également que la fermeture des frontières prive les entreprises du personnel saisonnier d’origine étrangère dont elles peuvent avoir besoin.

La Belgique pourrait rouvrir certains magasins

L’Italie et l’Espagne dépendent également beaucoup des marchés extérieurs, notamment la France. Comme chez nous, les serres sont pleines en vue de la campagne de printemps, alors que les ventes sont pratiquement tombées à zéro, faisant craindre la faillite de nombreux producteurs, expéditeurs et détaillants. Le marché suisse est également limité aux ventes en magasins alimentaires, avec des volumes limités.

En Belgique, l’association AVBS vient d’obtenir l’ouverture des commerces de détail de fleurs et plantes (arrêté du 23 mars), en mettant en avant la distorsion de concurrence avec les supermarchés, autorisés à vendre des végétaux, souvent importés, au détriment des producteurs belges. Cependant, l’organisation attend des précisions sur les magasins concernés (seulement les magasins vendant de l’alimentation pour animaux ou toutes les jardineries et fleuristes). L’Union Royale des Fleuristes Belges recommande à ses adhérents de maintenir leurs boutiques fermées.

Les anglais se réjouissent d’avoir sauvé leur fête des mères (22 mars), avec des ventes supérieures à l’année dernière. Par-contre, le gouvernement a annoncé la fermeture de tous « les commerces non essentiels » en début de semaine. La classification des jardineries et fleuristes n’est pas encore tout à fait claire, mais plusieurs groupes de jardineries ont pris l’initiative de fermer leurs magasins.

Les seuls opérateurs à ne pas souffrir sont les entreprises de vente à distance. Bekker (Pays-Bas) indique même des ventes en forte croissance.

L’Afrique perd ses débouchés

Plus loin de nous, les producteurs africains et sud-américains font face à une double peine, avec l’effondrement d’une grande partie de leurs débouchés, mais aussi le blocage logistique dû à la suppression de nombreux vols vers les marchés européens ou américains. Les Colombiens annoncent une diminution de 80% de leurs exportations. La situation est identique en Afrique de l’Est, et on peut s’interroger sur les possibles difficultés pour l’approvisionnement des producteurs européens en jeunes plants.

Des appels à l’ouverture des magasins… et à l’aide !

Toutes les organisations professionnelles se mobilisent pour demander l’ouverture des commerces de fleurs et plantes, ainsi que la mise en place urgente de mécanismes d’appui pour maintenir le potentiel productif. Outre les reports de charges, chômage partiel et financements de crise, les organisations professionnelles espagnoles et néerlandaises réclament réclament l’activation par la Commission Européenne d’un mécanisme de retrait des fleurs et plantes avec indemnisation des producteurs. L’association polonaise des fleuristes demande la prise en charge des cotisations d’assurance ainsi qu’une levée de la TVA sur les fleurs et plantes. L’AIPH met de son coté en place une campagne pour faire valoir les bénéfices liés aux fleurs et plantes et l’importance de permettre aux personnes confinées de jardiner.

Marie-Françoise Petitjean

Revue de veille en date du mercredi 25 mars 2020. mf.petitjean@orange.fr

Sources : Newsletters Floraldaily, Floraculture International, Floribusiness, Bloemisterij, Jardinerie-animaleries fleuristes, du 20 au 24 mars 2020 ; sites Intratuin, FEPEX, AVBS, AIPH.